Il y avait un disque sur le pick-up, une galette de vinyl de vingt cinq centimètres de diamètre, un trente trois tours des
Spotnicks. Il s'agissait d'un groupe de guitare électrique habillés en cosmonautes, une révolution musicale, nous étions en 1962, j'avais neuf ans. Première découverte de la musique, de ma future
chaine HIFI pour Haute Fidélité. Plus tard, vers l'âge de dix sept ans. Les dimanches, on les passait à Orly à regarder les avions qui décollent de la piste pour s'envoler dans le ciel aussi
bleus que les yeux de ma mère. A bord de la simca IOOO, un classique de ces années automobiles, mon oncle Marcel au volant, à ses cotés mon Père, et sur la banquette arrière, Annick ma cousine et
moi. On s'échangeait des bonbons que l'on croquait à belles dents. Il y avait aussi l'école, rue Damesme, dans le treizième, là où se trouvent mes racines. D'autres sont ailleurs, à Coutras,
ville de la gironde, à Tunis où est née ma Grand-Mère maternelle. Le disque tournait sur le plateau, l'aiguille arrachait des notes que le haut-parleur Audax me recrachait voluptueusement pour me
les faire ingurgiter par le biais des oreilles. Un délice, tout comme un chausson aux pommes par un beau dimanche de printemps ! La rentrée, tiens, çà me plaisait pas vraiment. C'était comme à
l'armée, d'ailleurs je déteste l'autorité. Seule l'égalité me convient. Et puis la chanteuse Sheila dont j'étais fan. Que me fit connaître ma cousine Annick. Souvent, seul dans ma chambre, le
soir venu, j'écoutais la radio. RTL mais aussi salut les copains, juste pour me faire savoir que j'appartenait à la jeunesse du moment. L'été, c'était la gare d'Austerlitz et les locomotives
électriques pour nous emmener à Coutras, ma Grand-Mère paternelle et moi. C'est con le temps, il efface peu à peu les êtres et les souvenirs et vous met des rides sur un visage lisse, celui de
l'enfance. Qu'ai je appris de ces années là, que suis-je devenu grâce à elles ? Un citoyen temporel et universel de langue française, rien d'autre. C'est pas si mal. Enfin, je
crois...?
Bonjour. Une réponse simple, habituelle pour qui osera lire ces pages interdites dont la lecture est personnelle. Oui, je suis ce môme qui autrefois, dès quatorze ans, s'infligeait
des pages d'écriture parce qu'il s'ennuyait seul dans sa chambre. Il y avait la musique, Polnareff ou les Moody Blues, mais je ne pouvais dire ce que je ressentais à qui que ce soit. Ma famille ?
Mon Père, ma Mère, ma Grand-Mère, que nenni. Alors j'avais trouvé une machine à écrire dont le bruit effroyable encloisonnait mes oreilles. Premiers poêmes d'amour, puis vinrent les époques de
l'écrivain maudit que je voulais devenir. Hélas, la vie n'est pas faite pour les poêtes et les écrivains maudits. De boulots en boulots, j'ai conservé ma plume d'acier, j'ai revendu ma machine à
écrire pour un mini PC qui m'a coûté 399 euros. Juste de quoi balancer des tonnes de mots en guise de salutations à celles et ceux qui poseront un simple regard sur ceux-ci. Je suis né dans le
treizième arrondissement de Paris, devenu le Chinatown Treizième, quartier asiatique dont je trouve la population franchement sympa. Celà donne un coté jaune à ce quartier autrefois rouge ! Mon
nom est celui de mon Père accolé à celui de ma Mère, le prénom je me le suis donné par une nuit de brouillard dans la tête. Je ne suis pas devenu cet écrivain maudit, même pas un phraseur de
bagatelle, juste un type qui se balade seul dans les rues de vos villes et de vos villages. Amitié.